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Traverses Vives


Institut d'Éducation Alternative

" L'école est l'agence de publicité qui nous fait croire que nous avons besoin de la société telle qu'elle est."
Ivan Illich

L'école telle qu'elle est n'est-elle pas aussi le point d'aboutissement, l'émanation d'une société toujours pétrie de criantes inégalités, d'injustice et de violence ?  Inutile d'en brosser le tableau. Il suffit d'ouvrir les yeux. Alors parler d'alternative peut inquiéter certains. C'est en effet manifester que les choses ne vont pas. Et en effet y-a-t-il une alternative au désastre ? Ce désastre qui n'affecte pas seulement la biosphère en terme de pollutions, réchauffement climatique, disparition des espèces mais aussi et fondamentalement l'esprit, le mental humain, le sens même de toute humanité.

Alors pourquoi un "Institut d'Éducation Alternative" ? Sinon pour tenter "d'instituer" ce à quoi, partout dans le monde les institutions actuelles font obstacle ?
Une libre
Éducation, dégagée de tout conditionnement culturel, religieux, national, patriotique, économique, une Éducation rejetant tout ce qui oppose, tout ce qui sépare, toute forme d'autorité, de hiérarchie, de concurrence et de compétition ; bref tout ce sur quoi repose le fonctionnement délétère de nos sociétés et qui chaque jour accentue le désastre.
Une
Éducation qui parte du constat imparable que tout être sensé et suffisamment informé est amené à faire aujourd'hui : l'extrême gravité d'une menace écologique globale dont l'humanité ne sait que prendre la mesure. Étant entendu que la frange favorisée du monde développé et "émergent" n'est pas prête, en dépit de scénarios médiatiques du type "Grenelle de l'environnement", de grands spectacles censés "déranger", voire de sommets mondiaux où l'on négocie âprement pour reporter au lendemain ce qu'il faut pourtant absolument faire le jour même, à remettre en cause les modes de consommation, de locomotion, d'exploitation effrénée des dernières ressources énergétiques fossiles de la Terre qui sont les siens, qui ont suscité et continuent de produire tant de guerres et de catastrophes, dont le désormais banalisé "réchauffement climatique" sera peut-être l'ultime avatar.

Sur les motivations profondes de ces comportements collectifs et individuels, on a beaucoup écrit, beaucoup glosé. Ce faisant on a toujours entretenu et on continue d'entretenir dans l'esprit des enfants et des jeunes, notamment par le biais de l'éducation qui leur est dispensée à l'école ou dans la famille, un sens étroit d'adhésion à des valeurs erronées. La compétition dont on voit partout les effets ravageurs, l'identification à de pseudo-réalités en terme d'entités territoriales : les pays avec leurs frontières, réifiés abstraitement en nations, patries, alliés ou opposés à d'autres et légitimant ponctuellement la guerre. La religion qui au  nom de projections divines supraterrestres prône l'amour et la paix et qui tant de fois a servi d'alibi à l'exercice de la violence et au déchaînement des conflits. La culture même qui est véhiculée comme un mode de reconnaissance entre pairs et qui se vit encore dans l'affirmation implicite d'une dominance dont il faut sans cesse chercher à renforcer l'impact. Et par dessus tout le sens de la possession, de l'appropriation, du gain, de la propriété privée érigée en valeur suprême, inexpugnable forteresse d'un mental calcifié dans ses chimériques sécurités.

Cependant, même si les masses continuent d'adhérer à ces modalités funestes, un nombre sans cesse croissant d'individus lucides et honnêtes s'en détachent et sont pénétrés de l'urgence qu'il y a à mettre en oeuvre une Autre 
Éducation.
De multiples tentatives ont vu le jour. Des écoles "différentes" ont été ouvertes, ont vécu, ont fermé leurs portes ou survivent dans la difficulté. Ont-elles été si "différentes" que cela de la norme éducationnelle moyenne ?
Excepté quelques expériences remarquables et volontairement ignorées aujourd'hui qui ont tenté de révolutionner l'homme et la société, qui se sont imposées à contre-courant, qui ont permis à des générations d'enfants pauvres, "défavorisés", de vivre et de grandir heureux et libres à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle (La Ruche de Sébastien FAURE à Rambouillet, l'orphelinat de Cempuis, Oise, avec Paul ROBIN, l'École Moderne de Francisco FERRER en Espagne),
hormis l'exceptionnel cheminement et rayonnement des grands pédagogues dont Célestin FREINET demeure sans doute le plus emblématique,  l'éducation reste globalement sous l'emprise des États ou d'intérêts privés qui ne cultivent pas la vertu d'innocence.

Et dans les "systèmes éducatifs" contemporains (en soi, cette expression pourtant banalisée n'est-elle pas terrible ?!), le résultat est tangible : l'ampleur du désastre est palpable.
Or la difficulté pour une alternative de s'inscrire dans la durée, de se pérenniser est un fait. L'environnement est hostile. "La société craint nos écoles" disait Francisco Ferrer...

  
Alors Traverses Vives, un Institut  qui se garde de cultiver l'illusion des enthousiasmes hâtifs, un Institut qui ne souhaite pas devenir une institution, qui ne se propose pas de créer une école "différente" si nul ne la désire.

Un Institut  qui peut rester virtuel si les protagonistes et les victimes du désastre éducationnel en cours s'en accommodent, n'arrivant peut-être plus à croire qu'une alternative pédagogique libertaire et transculturelle est dans l'ordre des possibles.

Éduquer à la connaissance de l'Autre et conséquemment de soi, relier les apprentissages à celui de l'autonomie et de l'entraide, actualiser le mot de Paul Robin : "Pas de cerveau sans main, pas de main  sans cerveau.", relever l'urgence environnementale en cultivant la préservation du vivant et la déconsommation : voilà qui peut en effet rester lettre morte pour peu que l'on ait implicitement renoncé à émanciper ceux que les systèmes éducatifs savent si bien préparer à l'aliénation sociale commune : "nos enfants"...

Le CD-Rom "Vivre l'Autre : Pour une pédagogie de l'hospitalité" témoigne cependant d'une expérience singulière menée à contre-courant, contre "vents et marées", pourrait-on dire, dans une institution qui n'en avait cure (cf. Apprendre le français et après ? N'AUTRE école, n° 18, printemps 2008). Des enfants de toutes origines s'y expriment et manifestent ainsi comment ils se sont aventurés sur ce terrain éducatif transculturel qu'il nous appartient d'ouvrir et d'étendre au plus grand nombre.


Mais le voulons-nous ?


L. C.

"Personne n'éduque autrui, personne ne s'éduque seul, les hommes s'éduquent ensemble par l'intermédiaire du monde."
Paolo Freire (1921-1997), Pédagogie des opprimés, suivi de Conscientisation et révolution, (1974), Paris ;
Petite Collection Maspero, 1980, p. 62.

                                  

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